nouvelle installation photographique présentée en exclusivité à ORANGE 2018
du 16 septembre au 28 octobre 2018
Dans l’esprit de plusieurs, produire en mode biologique rime avec petite échelle. L’installation photographique de Mériol Lehmann défait cette idée reçue en partageant l’incursion de l’artiste chez Sylvain Raynault, un des plus importants producteurs de céréales biologiques au Québec. Au cours de la précédente année, l’artiste s’est rendu à plusieurs reprises sur le site de l’entreprise agricole qui se déploie sur des milliers d’hectares dans la région de Lanaudière.
Il a capté l’étendue des champs cultivés et leurs transformations au fil des saisons, parfois à bord de la machinerie de taille imposante employée par le producteur et son équipe. Silos d’entreposage, tracteurs, houe, sarcleur lourd, planteurs et récolteuses sont de vrais mastodontes. L’observation et la prévention qui accompagnent l’approche biologique sont, vu l’envergure, appuyées par une technologie informatique sophistiquée. Le producteur doit aussi adapter ses installations et ses registres pour certifier le caractère biologique de ses cultures. Des instruments de lecture des plus précis, incluant des drones et des GPS, permettent à Sylvain Raynault de faire des interventions ciblées en limitant les intrants et sans nuire au rendement de ses champs. Dans l’installation de Lehmann, une partie de ces données est offerte à la consultation ; dénuées des légendes, le recueil met l’accent sur leur impressionnante quantité.
Tout comme le producteur a bien voulu rendre accessibles ses méthodes de travail, l’artiste dévoile dans une mosaïque de photos le processus de son œuvre qui a consisté à faire plusieurs prises pour n’en agrandir que certaines. De la petite ferme familiale où il a grandi à celle surdimensionnée de Sylvain Raynault, Lehmann cherche à représenter le paysage façonné par l’humain, proche d’une pratique de la photographie documentaire mise de l’avant dans les années 1970 dans l’exposition New Topographics. Ayant depuis les années 1990 documenté la mutation des terres agricoles avec la disparition des petites fermes dans les rangs de son enfance, l’artiste exclut toujours les figures humaines pour ne retenir que l’impact de leurs activités sur les territoires.
— Isabelle et Marie-Ève Charron, commissaires

Ce projet a bénéficié d’une bourse de recherche et création du Conseil des arts et des lettres du Québec