Un corpus d'œuvres présenté lors de l'exposition Compte-gouttes, commissariée par Laurence Duchesne pour Manif d'Art 12, la Biennale de Québec.
Situé devant la ferme familiale de l'artiste au Lac-Saint-Jean, le lac Kénogamichiche accompagne Mériol Lehmann depuis son enfance. Observé sur plus de quarante ans, ce paysage familier devient le témoin direct des transformations induites par les changements climatiques. Il y a cinq ans, un phénomène inhabituel survient : durant les fêtes, ce lac, qui avait toujours été perçu comme une vaste étendue blanche et gelée à cette période-ci, n'est que partiellement glacé. Et cela se reproduit l'hiver suivant. Les cycles répétés de fonte et de regel produisent alors des motifs et des contrastes à la surface de l'eau.
L'œuvre se compose d'une série de huit photographies prises par drone, donnant lieu à des images aux motifs abstraits. Adoptant un point de vue aérien - celui de l'urubu -, l'artiste propose une perspective inaccessible à l'humain et modifie ainsi notre manière de regarder le paysage.
Inscrite dans la vision systémique de Mériol Lehmann, l'œuvre met en relation les transformations visibles du lac et les recherches de l'artiste sur le territoire. L'état du lac Kénogamichiche prend ainsi une autre charge symbolique, sachant qu'il fut autrefois une voie de passage essentielle pour les Pekuakamiulnuatsh, reliant une chaîne de lacs et de rivières jusqu'à Tadoussac, lieu d'échanges établi bien avant l'arrivée des Européens. En tissant des liens entre bouleversements climatiques et mémoires anciennes, l'œuvre invite à envisager d'autres façons d'habiter le territoire, fondées sur l'interdépendance du vivant.
— Laurence Duchesne, commissaire